Pourquoi les jeunes Congolais veulent-ils tous devenir politiciens ?

Il suffit de regarder autour de nous pour constater quelque chose : beaucoup de jeunes Congolais rêvent aujourd’hui de faire de la politique. Certains veulent devenir députés, ministres, conseillers, mandataires publics ou travailler dans les cabinets politiques. D’autres passent beaucoup de temps à chercher le contact d’un politicien, à adhérer à un parti ou à défendre publiquement une personnalité politique.
Mais je me suis souvent posé cette question : pourquoi la politique attire-t-elle autant notre jeunesse ?
Je pense qu’il faut être honnête : ce ne sont pas uniquement les jeunes qui sont responsables de cette situation. Le système lui-même leur a parfois appris que la politique était l’une des voies les plus rapides vers la réussite.
Lorsqu’un jeune observe autour de lui et constate que certaines personnes accèdent à des postes importants principalement grâce à leur proximité avec les responsables politiques, il finit naturellement par se poser des questions.
Il se dit : « Si je veux réussir, peut-être que je dois moi aussi entrer dans la politique. »
Alors, au lieu de chercher à devenir excellent dans son métier, il cherche d’abord à connaître une personne influente.
Au lieu de développer son activité, il cherche un parrain.
Au lieu de construire une compétence solide, il cherche une nomination.
Et parfois, au lieu de parler avec sincérité à une autorité, il passe son temps à lui faire des éloges dans l’espoir d’être remarqué.
Quand la nomination devient un modèle de réussite
Il y a une autre question qui mérite d’être posée.
Que se passe-t-il lorsqu’un jeune voit régulièrement des personnes être nommées à des postes importants alors que leur parcours ne semble pas toujours correspondre au domaine qu’elles vont gérer ?
Prenons un exemple simple : nommer à l’Agriculture une personne qui n’a jamais été paysanne, qui n’a aucune expérience significative dans le secteur agricole et qui n’a pas étudié ce domaine.
Cela peut donner au jeune l’impression que l’expertise n’est finalement pas indispensable pour accéder aux grandes responsabilités.
Il peut alors se dire : « Pourquoi passer des années à devenir expert dans mon domaine si je peux obtenir un poste grâce à mes relations ? »
C’est là que le problème devient plus profond.
Parce qu’une société ne peut pas encourager durablement ses jeunes à devenir agriculteurs, entrepreneurs, ingénieurs, chercheurs, artisans ou commerçants si elle leur donne constamment l’impression que la reconnaissance sociale et la réussite financière se trouvent principalement dans les fonctions politiques.
Et si nous valorisions davantage ceux qui travaillent ?
Imaginez un pays dans lequel le jeune agriculteur peut réellement développer son exploitation, accéder au financement, trouver des débouchés et vivre dignement de son travail.
Imaginez également un jeune vendeur ambulant qui, après quelques années d’effort, peut transformer son petit commerce en véritable entreprise.Imaginez un mécanicien qui arrive à agrandir son garage, à employer plusieurs personnes et à être respecté pour son savoir-faire.
Imaginez aussi un entrepreneur capable de créer une entreprise et de la faire grandir sans devoir constamment chercher une relation politique pour survivre.
Dans une telle société, beaucoup de jeunes comprendraient qu’il existe plusieurs chemins vers la réussite. La politique ne serait plus perçue comme le seul ascenseur social.
Le problème n’est pas que les jeunes aiment la politique
Soyons justes : s’intéresser à la politique n’est pas une mauvaise chose. Une société a besoin de jeunes qui s’intéressent à la gestion de leur pays, qui comprennent les institutions et qui participent à la vie publique.
Le problème commence lorsque la politique devient le seul rêve professionnel d’une génération.
Un pays ne peut pas fonctionner uniquement avec des politiciens. Il a besoin de paysans pour produire, d’entrepreneurs pour créer des emplois, d’enseignants pour former, de médecins pour soigner et d’ingénieurs pour construire.
Il a aussi besoin d’artisans, de commerçants, de chercheurs, de techniciens et de milliers d’autres professionnels.
La nation se construit aussi loin des bureaux politiques.
Aux jeunes : ne courez pas uniquement derrière les politiciens
Je voudrais donc dire quelque chose aux jeunes Congolais : ne faites pas de la proximité avec une autorité votre principal projet de vie.
Construisez d’abord quelque chose que personne ne pourra facilement vous enlever : une compétence, une réputation, de l’expérience et une véritable valeur.
Si la politique vous passionne réellement, engagez-vous. Mais ne le faites pas uniquement parce que vous pensez que c’est le moyen le plus rapide de devenir riche ou important.
Et surtout, n’oubliez jamais une chose : faire l’éloge d’une personne n’est pas une compétence professionnelle.
Une autorité intelligente sait généralement faire la différence entre quelqu’un qui lui parle avec sincérité et quelqu’un qui cherche simplement à obtenir quelque chose.
Le jour où le travail sera davantage récompensé
Je pense que si notre société commence à mieux soutenir les paysans, les entrepreneurs, les artisans, les commerçants, les vendeurs ambulants et tous ces jeunes qui créent réellement de la valeur, quelque chose changera progressivement.
Les jeunes comprendront qu’ils peuvent réussir sans forcément devenir politiciens.
Ils pourront être fiers de dire :
« Je suis agriculteur. »
« Je suis entrepreneur. »
« Je suis mécanicien. »
« Je suis commerçant. »
« Je suis écrivain. »
Et ces métiers ne seront plus considérés comme des solutions pour ceux qui n’ont pas réussi, mais comme de véritables voies de réussite et de contribution à la société.
Conclusion
La question n’est donc pas simplement de savoir pourquoi les jeunes Congolais aiment autant la politique.
Il faut plutôt se demander : qu’est-ce que nous leur avons montré comme modèle de réussite ?
Si nous voulons que notre jeunesse crée davantage d’entreprises, cultive davantage nos terres, développe ses métiers et innove davantage, nous devons aussi créer un environnement où le travail, la compétence et la création de valeur sont réellement récompensés.
Car lorsqu’un jeune découvre qu’il peut réussir grâce à son talent, à son travail et à son intelligence, il n’a plus besoin de courir derrière une nomination pour croire en son avenir.
Un pays avance lorsque ses citoyens comprennent qu’ils peuvent devenir importants sans nécessairement devenir politiciens.